Bien souvent, quand une personne m’affirme qu’elle apprécie tout en musique, je commence par lui demander si elle écoute du rap, ensuite du classique et je termine par le metal. Il est très rare que l’ultime épreuve soit relevée.
Souvent, les amateurs de metal sont perçus comme des martiens ou des gars qui n’ont rien compris à la musique. « Un mec qui gueule dans un micro pendant 3 minutes? Je préfère écouter autre chose pour me détendre… »
Je ne tenterai pas de vous convaincre d’aimer le metal mais seulement d’expliquer à travers trois petites questions toutes simples pourquoi on peut être normal, apprécier toutes sortes de musique et écouter du metal.

Slayer+kerryking

 

1) Le metal consiste-il à crier dans un micro?

Les clichés ont la vie dure, bien dure. Il faut savoir que la majorité du metal est chanté comme le rock voire la pop. Le metal ne se caractérise pas par un leader qui a la voix asphixiée, mais par des rythmiques très élaborées, des mélodies sombres et un schéma instrumental assez simple: 1chanteur+2guitares+1basse+1 batterie +1synthé. Nombreux seraient surpris par l’harmonie et les mélodies qu’on retrouve dans le metal, souvent bien plus recherchées que de la techno ou que la musique de variété. Par exemple, la plupart des musiques qui passent à la radio sont en 4/4 (mesure à quatre temps). En techno, le 4/4 s'avère presque systématique. En blues, le 6/8 est très souvent utilisé (tou pah pah tou pah pah) tout comme dans les valses. En metal, on cherche à casser les mesures et à les reconstruire: on trouve beaucoup de 5/4 (mesure à cinq temps), du 7/4 et même des armures aussi délirantes que du 11/12 suivi de 7/9 puis de 11/15. Des groupes comme Meshuggah, Pain of Salvation ou Dream Theater veulent mettre au défi l'auditeur en le déroutant de ses repères rythmiques. Ce genre d'expérimentation très dure à manier ne se trouve que dans le metal et confère un effet délicieux introuvable ailleurs.    


2) La musique ne sert-elle qu’à accompagner?

Aujourd’hui, avec l’amélioration de la technologie, on peut écouter de la musique n’importe où et n’importe quand: lorsqu’on marche dans la rue, qu’on étudie, qu’on fait la vaisselle, qu’on court, qu’on est en soirée… Ainsi, la musique la plus populaire devient la musique « chill » qui se fond très bien dans le décor avec une mélodie légère sans prétention.
Rares deviennent les instants où on écoute de la musique… seulement pour écouter de la musique. Pourtant, nombreux sont les genres qui ne supportent pas le simple rôle d’accompagnement: la musique contemporaine avec sa recherche dans la dissonance ou la musique romantique avec ses nuances poussées à l’extrème. Passez du Stravinski pendant que vous discutez: vous allez trouver qu’on entend rien puis d’un coup, fortissimo, c’est bruyant et agaçant. Pour cause, Igor Stravinski ne peut être réduit en arrière-plan: il faut l’écouter les yeux fermés nous raconter ses histoires d’oiseau, de printemps et de feu.
Le metal répond à la même nécessité: il s’écoute d'abord seul, avec de vraies enceintes, sans rien faire d’autre qu’accueillir les notes.
Ainsi, si votre ami a voulu vous faire aimer le metal en vous passant deux secondes d’une video sur youtube sans stereo pendant que vous parliez de l’examen de hier soir, il est normal que vous n’ayez entendu que du bruit. 

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3) La musique ne sert-elle qu’à se détendre?

La plupart des gens apprécie se changer les idées après une dure journée de travail et désire s'abandonner à des mélodies légères et simples. De la même manière, beaucoup rêvent d’une bon film à la télévision pour se changer les idées. Pourtant, outre les comédies distrayantes, on connaît aussi les thrillers, les films de guerres, les drames… Qui a envie de se changer les idées avec du stress ou de la tristesse? Il en est de même que la littérature. Pourquoi lire les histoires déprimantes de Maupassant, les horreurs de Sade ou les déchirements sentimentaux de Corneille? Parce que l’art transmet des émotions et ces émotions nous font voyager, qu’elles soient joie, haine, désespoir, amour ou rire. Si la musique « chill » dont nous sommes si friands aujourd'hui nous inspire le bien-être, vous connaissez sûrement quelques chansons tristes qui vous déclenchent une boule étrange dans le ventre, entre désagréable et énivrant. Le metal veut lui aussi transmettre des émotions, souvent la haine ou le désespoir. Le résultat ne se veut pas toujours agréable et encore moins reposant, mais plutôt défoulant par la violence de ses riffs ou déprimant par la désolation de ses mélodies. Le metal veut nous emmener ailleurs, nous témoigner d’une détresse profonde, nous faire découvrir des mondes inconnus. L’Art avec un grand A est celui qui nous fait découvrir de nouvelles impressions, comme lorsque vous pleuriez pour la première fois devant un film ou que vous étiez terrifié seul dans votre lit après la lecture de la Vénus d’Ille de Mérimée.

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Finalement, pourquoi lire Céline, admirer des tableaux de Bacon ou écouter du Gojira? C’est moche, sale et sombre. Peut-être que si vous avez saisi que l’on ne fait pas du beau qu’avec du beau mais avec de multiples nuances et mélanges entre le moche et le joli, l’horreur et la fascination, le mal et le bien, la douleur et le plaisir, la crainte et le désir, alors vous êtes assez open-minded pour comprendre pourquoi les gens écoutent du metal…. et peut-être essairez-vous un jour?
Bien sûr, quand je parlais du metal, tout au long de cet article totalement inutile et qui n’intéressera sûrement personne (merci d’avoir lu jusqu’ici si vous y êtes!), je faisais mention au bon metal, celui qui est recherché, élaboré et qui se veut dépasser de nouvelles horizons. Du mauvais metal ne vaut pas mieux que de la mauvaise pop. Le bon metal est un voyage qui nous emmène au delà de nombreuses frontières que peu de genres osent franchir. Personne n’en revient indifférent.